Imaginaire et réel du monde agricole et rural : l’effet boomerang ?

Une contribution de Tomás García Azcárate, membre du Conseil stratégique de la Mission Agrobiosciences-Inra, aux 25es Controverses européennes à Bergerac

L’agribashing, pour écrire en bon français, est un sujet à la mode. Je l’ai cherché sur Google et j’ai obtenu 456 000 résultats, rien qu’en langue française. Comme le démontre le sujet choisi en 2003 pour l’Université d’été qui est devenue nos Controverses, le divorce entre la société  et l’agriculture n’est pas nouveau même s’il est vrai qu’il a pris une plus grande ampleur plus récemment. L’agribashing n’en est qu’un symptôme et non pas une cause.

Le lundi 6 mai 2019, nous avons appris 1qu’un juge avait condamné un poulailler, ou plutôt les coqs d’un poulailler, car ils faisaient trop de bruit surtout le matin et que cela gênait les clients d’un hôtel rural voisin.

Cependant, personne n’a pensé à condamner les voitures et les motos qui nous gênent quand nous dormons dans des nombreux hôtels urbains. L’argument utilisé qui semble avoir convaincu le juge est que l’agriculteur forcerait les coqs à chanter. Sans commentaire.

Certes, c’est aussi la faute aux autres. Eddy Fougier 2, par exemple, signale qu’il s’agit d’une « conjonction de facteurs qui explique pourquoi les agriculteurs ont le sentiment que leur travail est constamment dénigré́ dans l’espace public.

En définitive, le monde agricole fait face à des adversaires plus nombreux et plus agressifs qui s’attaquent au cœur du système agricole, alors même que leurs alliés sont moins nombreux et d’autant moins puissants, qu’ils ne disposent plus vraiment de leur traditionnel « pare-feu » politique qui était incarné jusqu’alors par la droite classique, qui s’est durablement éloignée du pouvoir depuis 2012 ».

Et parmi ces adversaires, il nomme, entre autres, « des associations souvent issues de la mouvance altermondialiste, ainsi que par des journalistes ou des auteurs militants […] de petites associations « spécialisées » comme Générations futures et L214 [ou] le collectif des Faucheurs volontaires ».

Mais n’est-ce que la faute aux autres ? Je n’en suis pas convaincu et pour expliquer pourquoi, je ne prendrai que deux exemples : les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) d’abord ; certaines campagnes de publicité ensuite.

Les OGM

Sur le dossier des OGM, loin de moi l’idée de jeter le bébé avec l’eau du bain et de décrier une technique qui, comme toute autre, peut être porteuse à la fois d’immenses espoirs et de terribles dangers.

Mais la manière dont Monsanto a tenté de faire passer en force ces nouvelles semences, dans une Europe traumatisée par la crise de la vache folle et sa mauvaise gestion par les autorités de tutelle, fera un jour l’objet d’études de cas dans les écoles de négoce : Monsanto ou comment ne pas permettre la diffusion d´une nouvelle technologie.

A noter que cette attitude était aussi celle d’une bonne partie de la Communauté scientifique, victime du despotisme scientifique illustré, convaincu que l’idée de progrès finira par passer dans l’opinion publique, par la porte de devant ou par celle de derrière de nos importations.

Monsanto aurait mieux fait de recruter aussi des sociologues pour comprendre les comportements humains ou, encore mieux, de recruter la Mission Agrobiosciences pour qu’elle lui explique un certain nombre de choses.

La pub

Cela ne date pas d’aujourd’hui.

Mais c’est encore aujourd’hui. Alors qu’en Espagne, on ne voit pas traîner une seule vache laitière dans les prés, même en montagne, c’est encore l’idée de l’éleveur et de ses vaches dans un paysage idéal qui est vendue.


Et voilà l’image des oliviers qui est transmise par la marque Leader en Espagne sur le marché de l’huile d’olive :

Et voilà la réalité de l’oléiculture la plus moderne

Peut-on s’étonner qu’il y ait ainsi un déphasage entre l’idée de la société, soutenue et utilisée par les publicitaires quand ils la considèrent utile, et la réalité de l’agriculture d’aujourd’hui ?

Dans quelle mesure n’y-a-t-il pas là un effet boomerang ?


Retrouvez le programme des 25es Controverses européennes à Bergerac en cliquant ICI.
Pour contribuer vous-aussi ! Voir ICI.

  1. Source: https://www.20minutos.es/noticia/3634986/0/dueno-casa-rural-cangas-onis-fuerzan-gallos-cantar-manana-hundirme-negocio/
  2. https://www.agriculture-environnement.fr/2018/09/26/faire-face-a-lagribashing-un-enjeu-capital-pour-le-monde-agricole

1 thought on “Imaginaire et réel du monde agricole et rural : l’effet boomerang ?

  1. jean-marie bouquery

    OUI Tomàs ! Oui Fougier !
    Vous pouvez ajouter l’effet loupe – et non paratonnerre – de notre nombreuse agrocrature fossile et de notre prétention ostentatoire à une politique « intégrée », devenue impossible et inopérante, inéquitable et apparemment budgetivore.

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