« La question de l’échéance me semble cruciale »

Par Xavier Poux, consultant chercheur à AScA depuis 1992 et chercheur associé à l’Iddri depuis 2016. Il s’intéresse aux dynamiques passées, présentes et futures des systèmes agrialimentaires et écologiques, dans toutes leurs dimensions, avec un focale sur l’agriculture européenne. 

Xavier Poux répond à la question de l’appel à contributions que nous avons posée :
« De manière générale, envisagez-vous le futur positivement ou négativement ? Et à quelle échéance : 2050, 2070, 2100 ? Quelle idée vous faites-vous du monde à cette époque ? Et sur quoi se fonde votre représentation ? »

À l’horizon 2050, je suis clairement pessimiste (puisque c’est comme ça que j’ai compris la question). Les signaux faibles susceptibles de changer le cours d’un mode de développement économique qui détruit l’environnement et les sociétés restent faibles. Sans parler — au risque de passer pour un affreux malthusien — d’une pression démographique qui semble se combiner à des modes de vie très matérialistes et énergivores. J’entendais ce matin que l’on avait « gagné » 300 millions de touristes qui voyagent en avion en seulement 4 ans… et pour beaucoup c’est sans doute une bonne nouvelle. Les politiques et les acteurs économiques, malgré leurs allégations, n’ont pas réellement pris la mesure des enjeux. En tout cas, ceux qui fixent les cadres qui finissent par s’imposer au local – et par la force s’il le faut. Et les citoyens non plus, tant qu’ils n’exprimeront pas clairement et prioritairement une attente dans ce domaine.

Bref, le paquebot est déjà bien lancé et l’inertie des processus écologiques et sociaux est telle que je crains que les tendances lourdes l’emportent sur les signaux faibles en termes d’effets. Non seulement les pistes d’une amélioration des pratiques favorables à un retour des insectes et des oiseaux sont aujourd’hui ténues, mais le temps que les effets s’en fassent éventuellement sentir, les écosystèmes se seront bien dégradés et seront devenus dysfonctionnels. La croissance de l’agriculture bio est la meilleure nouvelle pour moi de ces dernières années, mais d’ici à ce qu’elle atteigne une masse critique… Et puis, et puis, il y a le changement climatique dont on sait déjà qu’on est complètement hors des clous.

Être optimiste à 2050 me semble donc un exercice intellectuel un peu difficile. Pour moi en tout cas.
Mais il y a le plus long terme, avec des jeunes qui seront nés avec la conscience qu’ils n’ont pas d’autre choix que de changer. Et là, l’avenir se ré-ouvre. Pas d’emblée pour le meilleur, mais pas nécessairement pour le pire non plus. L’abondance des signaux faibles évoqués plus haut combinée au fait que les systèmes de gouvernance actuels ne résisteront pas aux crises qui s’amoncèlent ont vraiment des chances de déboucher sur un « après ». Non pas une image figée, mais sur une dynamique en rupture avec celle en cours. Peut-être ou peut-être pas un « grand soir » après un « effondrement du système » – bien malin qui peut prédire le processus.